jeudi 8 juin 2017

Rien de bon ne viendra de la Maxi-prison de Haren, par Perceval Carteron, éducateur, dans leguidesocial 8 juin 2017

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Rien de bon ne viendra de la Maxi-prison

La maxi-prison de Haren continue son petit bout de chemin malgré les nombreuses oppositions venues de militants, d’activistes mais aussi de spécialistes de la sécurité, du judiciaire ou de l’économie. Les intervenants sociaux devront aussi subir l’impact qu’aura la maxi-prison.
La maxi-prison est supposée être une réponse à la surpopulation carcérale et à l’état déplorable des prisons bruxelloises. La qualité de vie des prisonniers et les conditions de travail du personnel sont deux facteurs qui impactent grandement sur les possibilités d’intervention des travailleurs psycho-médico-sociaux. Si ces conditions se dégradent, le travail devient de plus en plus difficile et a un impact de moins en moins perceptible voire de moins en moins réel. La maxi-prison accentue l’aspect déshumanisant de l’incarcération et ce sont, encore une fois, les intervenants qui devront compenser les manques.

Un surplus de travail

La nouvelle prison n’est absolument pas pensée pour améliorer la réinsertion, le suivi psychologique ou médical. Les travailleurs qui seront amenés à intervenir au sein de celle-ci devront mettre en place une nouvelle organisation. Outre l’aspect contraignant du travail en milieu carcéral, l’impact négatif sur les personnes accompagnées (détenus ou familles) va rejaillir sur le travail des intervenants. Enfin, le nombre de détenus aura aussi une incidence sur la disponibilité des travailleurs et la qualité des prestations. Vu la logique qui sous-tend la construction, rien n’assure que le surplus de travail sera accompagné d’une augmentation des moyens, que du contraire.

Non-marchand en zone commerciale

La sous-traitance de nombreux services est une problématique supplémentaire et la future prison s’annonce déjà comme un « exemple » du genre. Le travail non-marchand et plus particulièrement l’accompagnement psycho-médico-social s’accommode assez mal des impératifs de rentabilité du secteur marchand. Si la prison doit être un lieu de rentabilité pour les sociétés privées qui y ont investi, il y aura une pression pour atteindre les objectifs. Cette pression va compliquer le travail d’accompagnement et de réinsertion qui pourtant amène un bénéfice à la société. De manière générale la privatisation des services et des responsabilités étatiques est un danger pour le secteur du non-marchand et au-delà de la question déontologique que cela suscite, ce sont les moyens mis en place et la finalité des missions qui sont en jeu.

Peu d’échos

Les critiques et remarques émanant des professionnels de l’accompagnement en milieu carcéral et de l’aide aux justiciables sont, semble-t-il, peu entendues. Quoi d’étonnant dès lors que ceux-ci n’ont pas été, ou de manière anecdotique, impliqués dans le processus de réalisation de la maxi-prison et que les critiques du système carcéral dans son ensemble ne trouvent que peu d’échos chez les pouvoirs publics.

Une amélioration incertaine

Plusieurs points vont rendre la vie dans la maxi-prison particulièrement difficile malgré la modernité. Les conditions de vie des prisonniers en Belgique ont été pointées du doigt dans la notice 2016 de l’observatoire international des prisons. La situation à Haren risque d’être bien pire entre la situation géographique qui expose le personnel et les prisonniers aux nuisances de l’aéroport de Zaventem et une conception moderne qui en oublie l’humain (pas de contact vers l’extérieur depuis la cellule, une visibilité réduite depuis la fenêtre, une architecture aseptisée et fonctionnaliste, etc.). Ce sont à nouveau les intervenants psycho-médico-sociaux qui vont devoir évoluer dans un climat désastreux supposément adapté aux besoins des personnes.

L’éloignement en plus de l’isolement

La situation géographique de la maxi-prison par rapport aux bureaux des travailleurs et au reste de la ville en général va entraîner des déplacements plus longs ce qui va diminuer la disponibilité des travailleurs et augmenter leur fatigue. De plus s ce sera une difficulté supplémentaire pour les familles dans l’organisation des visites ce qui va inévitablement créer un mal-être supplémentaire. Cela va un peu plus compliquer les missions d’aide aux justiciables dont sont chargés une partie des professionnels.
Notice 2016 de l’observatoire international des prisons : ici
Perceval CARTERON. Éducateur.

mercredi 7 juin 2017

Les familles de prisonniers palestiniens attaquées pendant leurs visites ! Palestinian prisoners and their relatives assaulted by Israeli forces during visit !

Sans doute vexé d’avoir dû concéder une deuxième visite familiale aux prisonniers palestiniens après leur grève de la faim, Israël se met attaquer les familles de prisonniers lors de leurs visites !

A la prison d’Eshel dans le Neguev, ce lundi, les gardiens ont frappé les prisonniers et leurs familles avec des bâtons, et les ont aspergé de gaz lacrymogènes.

Le père du prisonnier palestinien Omar al-Sharif, qui avait fait toute la route depuis Jérusalem Est pour aller voir son fils dans le désert du Neguev, au sud d’Israël est arrivé à 7h30 du matin, avec les autres familles. "On nous a laissés attendre jusqu’à midi à l’extérieur de la prison, puis l’administration nous a soumis à des fouilles particulièrement provocantes et humiliantes", témoigne-t-il.
"Ainsi les femmes, mères et épouses qui rendaient visite à leurs fils et maris, ont été obligées, d’enlever leurs foulards et tous leurs bijoux, ce qui était une première !"
"Les familles se sont plaintes dans la salle des visites, et un groupe de gardiens a alors envahi la pièce, nous attaquant les uns et les autres à coups de trique et de gaz lacrymogène. Puis les prisonniers ont été menottés et contraints de retourner dans leurs cellules".

"Après cette grève, les autorités israéliennes jouent avec nos émotions. Ils nous insultent, nous punissent et nous torturent. Ils essaient de nous épuiser, de nous briser et nous amener à ne plus avoir envie de rendre visite à nos proches", a déclaré l’un des visiteurs.

Ceci sachant que dans un pays aussi petit, le voyage pour les Palestiniens des territoires occupés qui veulent rendre visite en prison à un de leurs proches, prend entre 8 et 15 H, pendant lesquelles ils sont fouillés plusieurs fois et souvent forcés de se déshabiller, rappelle Addameer.

Source : Maan News Agency
CAPJPO-EuroPalestine

SOURCE


Palestinian prisoners and their relatives assaulted by Israeli forces during visit
JUNE 7, 2017

JERUSALEM (Ma'an) -- Israeli prison forces attacked a number of Palestinian prisoners and their relatives during a family visit to Eshel prison on Monday morning, with security guards using pepper spray on both the prisoners and their family members and beating them with batons, relatives told Ma’an.

The father of prisoner Omar al-Sharif told Ma'an that the families had traveled from their homes in occupied East Jerusalem to Eshel prison more than 100 kilometers away in Israel’s southern Negev desert.

The families arrived at 7:30 a.m. and were not allowed inside until 12 p.m., he said, when both men and women were subjected to invasive and “provocative” searches at the hands of the Israel Prison Service (IPS).

Heated arguments erupted in the visitation room, until a group of IPS officers stormed the room and attacked prisoners and their family members with pepper spray and beat them with batons, before the prisoners were handcuffed and the visitors were forced out.


The father of prisoners Muhammad and Ahmad al-Bakri told Ma'an that IPS officers had treated visiting relatives harshly since they arrived to Eshel early in the morning.

“After going through inspections at the entrance and passing through the metal detectors, female IPS soldiers searched the women inside a separate room, and forced them to take off their headscarves and jewelry."
Al-Bakri described the search as “an unprecedented provocation.”

An IPS spokesperson could not immediately be reached for comment on the incident.

Improving conditions for family visits to Palestinian prisoners was a central demand of a 40-day mass hunger strike launched in Israeli prisons that ended last month.

Ahead of the hunger strike, international human rights organization Amnesty International denouncedIsrael for its “unlawful and cruel” practices towards Palestinian prisoners in a report.
One relative of an imprisoned Palestinian told the organization: “The Israeli authorities play with our emotions, they torture us and punish us. They try to break us, to tire us, so that we would want to visit our relatives less because of all the humiliation, searches, abuse and insults by soldiers or prison guards.”

According to Palestinian prisoners’ rights group Addameer, the journey to prison for most residents of the occupied West Bank visiting detained relatives takes between eight to 15 hours depending on the prison and place of residence, while relatives of prisoners are routinely subjected to lengthy body searches and sometimes strip searches.
SOURCE

jeudi 11 mai 2017

Pour une autre justice : le temps de la reparation. Wildflowers de Agnes Furey et Leonard Scovens




« Une autre justice », ou le temps de la réparation

LE MONDE | 16.12.2016 Par Nicolas Bourcier


Léonard est enfermé à vie dans une prison de Floride. 

A plusieurs dizaines de kilomètres d’écart, dans le décor d’une bibliothèque de prison de Floride et d’un salon buco­lique, un détenu et une vieille dame s’écrivent à voix haute. Ses mots à elle sont d’une douceur extrême, un flot ininterrompu d’intelligence et de compassion. 
Sa parole à lui est ciselée au papier de verre et d’une poétique à vous renverser les tripes. Agnes Furey et Leonard Scovens se parlent, malgré les murs de l’institution pénitentiaire. Ils se parlent ainsi depuis onze ans, et leur correspondance ne semble pas près de s’arrêter.

Accusé du double meurtre de son ex-petite amie et de son fils, Leonard est un condamné à perpétuité – une double perpétuité pour être précis, et sans possibilité de faire appel. Agnes était la mère de la jeune femme. 
« Après le meurtre de ma fille et de mon petit-fils,j’étais comme anesthésiée. Pendant des mois, j’étais en dépression. L’écriture m’a permis de commencer à guérir. Avec le temps, j’ai ressenti le besoin et l’envie de parler à cet homme. Je voulais comprendre, savoir qui il était. J’ai découvert qu’il était impossible de le rencontrer tant qu’il était en prison. »

Un effet extraordinaire

La Floride est un des Etats les plus répressifs des Etats-Unis qui détiennent, et de loin, le taux d’incarcération le plus élevé au monde. Ici, la loi interdit aux victimes et aux coupables de se rencontrer. Ici, comme quasiment partout ailleurs, la dureté du système judiciaire, centré sur une approche punitive, ne permet pas de faire baisser la criminalité. Face à cet échec, des voix se sont élevées pour proposer une autre justice. Une justice dite restaurative (réparatrice), dans laquelle victimes et coupables tentent de surmonter ensemble leurs traumatismes.

Née au Canada, cette démarche s’est développée dans les communautés protestantes dès les années 1970. Elle est encore embryonnaire aux Etats-Unis, mais son application peut avoir un ­effet extraordinaire, comme le montre si justement ce documentaire bouleversant, Une autre ­justice, réalisé par Isabelle Vayron de La Moureyre et Chloé Henry-Biabaud.

Plusieurs témoignages viennent nourrir le propos. Il y a là Agnes et Leonard, mais aussi les parents McBride et les Grosmaire, de Tallahassee, Renee Napier, qui a perdu sa fille dans un accident de voiture causé par Eric Smallridge. 
Tous tournés vers ce « temps de l’après », celui de la reconstruction pour les victimes comme pour les condamnés.

« Agnes a été la première personne à m’avoir dit que je n’étais pas un meurtrier, mais un homme qui avait tué – il y a une différence, insiste Leonard Scovens. Avant elle, je n’arrivais pas à saisir ça. J’ai fait une terrible erreur et, pendant longtemps, j’avais accepté d’être défini par cette erreur.Agnes a arrêté ça. Et quand elle l’a fait, j’ai pu commencer à me voir comme un homme, comme un être humain, et ça a été le début d’un changement. »

Garder une part d’humanité

Pour Agnes, Leonard est devenu une partie de « la solution » : 
« De cette correspondance, nous avons chacun tiré de quoi guérir. Nous avons décidé de partager cette guérison avec d’autres qui vivaient quelque chose de similaire dans leur vie. » 
Ensemble, ils ont ainsi décidé d’écrire un livre, Wildflowers, A Restaurative Journey into Healing, Justice and Joy (« Fleurs sauvages, une journée réparatrice dans la guérison, la justice et la joie », non traduit). 
Agnes participe aux foires littéraires de Floride pour vendre leur opus. Leonard, lui, malgré son régime de détention parti­culièrement restrictif, tente de partager au sein de sa prison son expérience. Un autre moyen de garder une part d’humanité et de briser, qui sait, une spirale de la ­violence.

Une autre justice, de Chloé Henry-Biabaud et Isabelle Vayron de La Moureyre (Fr., 2016, 60 min).






Surpopulation à la prison de Leuze, la politique pénitentiaire mise en échec (communiqué de presse OIP Belgique)

Surpopulation à la prison de Leuze,
la politique pénitentiaire mise en échec


 Contre le mal endémique de la surpopulation qui touche les prisons belges[1], la construction de nouvelles prisons est le prétendu remède prescrit par les ministres de la Justice depuis 2008 sous le vocable de « Masterplan »

Pourtant, la prison de Leuze en Hainaut, bâtie comme un des fleurons de la lutte contre la surpopulation, est déjà touchée par le mal qu’elle devait combattre. Quarante personnes y sont aujourd’hui détenues au-delà du nombre de place prévues. Concrètement elles sont placés dans des cellules de taille individuelle sur des lits superposées. Dans une prison où les fenêtres ne s’ouvrent pas, la tension monte.

La vanité de la politique carcérale de constructions frénétiques n’en est que plus criante. 

Sans remonter très loin, dans notre Notice 2013 nous dénoncions déjà cette logique absurde d’extension du parc carcéral.

« 3.           Les mesures annoncées ou prises pour lutter contre la surpopulation
a)  Le Masterplan
Les derniers ministres de la Justice, avec leur Masterplan 2008-2012 prolongé jusqu’en 2016 intitulé « Pour une infrastructure plus humaine », semblent vouloir faire de la lutte contre la surpopulation carcérale une des priorités de la politique criminelle.
Si le titre est prometteur, la lecture du rapport laisse dubitatif quant à la réalisation de l’objectif annoncé. En effet, les 12 pages du plan n’ont trait qu’à un seul point : l’extension du parc carcéral belge.
(…)
Cet accroissement du parc carcéral va à l’encontre même de l’objectif qu’il poursuit puisque l’étude des précédentes expériences d’élargissement démontre que plus on construit de prisons, plus la surpopulation augmente[2]  !   [3] »


 Pourtant, crânement, dans son rapport annuel 2014, la Direction générale des établissements pénitentiaires (DGEPI) affirmait : « Depuis 2014, la Belgique dispose de deux nouvelles prisons. Ces nouvelles prisons de Beveren et de Leuze-en-Hainaut ont été construites pour s’attaquer à la surpopulation carcérale. »

Tout aussi fier, le Ministre de la Justice GEENS prenait la plume dans le rapport annuel 2015 de la DGEPI : « Depuis 2008 déjà, nous travaillons à la mise en œuvre d’un masterplan pour une détention dans des conditions plus humaines et adaptées à notre époque. Une partie de ce plan a déjà été développée­ : les nouveaux établissements de Marche, Leuze et Beveren. »

Le pire n’est pas que cet échec était annoncé de longue date, il est dans le coût de cette politique aveugle. Un coût humain, celui de l’indignité des détenus.



Contact presse
Nicolas COHEN : +32 470 02 65 41



[2] Sur ce sujet, lire notamment : P. V. TOURNIER, « Pourquoi il n’est pas nécessaire de construire de nouvelles places de prison », publié le 28/12/05 sur le site http://www.ldh-toulon.net ; propos de S. SNACKEN recueillis par S. COYE, « Lutte contre la surpopulation : s’attaquer aux causes plutôt qu’aux symptômes », Dedans/Dehors, n° 53, p. 25.
[3] Notice 2013, pp.32-33

mardi 21 mars 2017

Perscommuniquépresse: L'appel des 200 pour un moratoire sur les prisons - De oproep van de 200 Voor een moratorium op de bouw van gevangenissen

(NL hieronder)
Observatoire de Haren - Communiqué de presse 21 mars 2017
L’appel des 200
Pour un moratoire sur la construction de nouvelles prisons en Belgique

Deux cents citoyens et quatorze organisations lancent l’ « Appel pour un moratoire sur la construction de nouvelles prisons en Belgique »[1]au moment même où le gouvernement bruxellois décide de délivrer les autorisations pour la mégaprison de Haren.
La mobilisation continue contre ce projet extrêmement controversé et élaboré dans une complète opacité. Le gouvernement fédéral poursuit le développement de son « masterplan III » qui prévoit la construction de huit nouvelles prisons.
Cet appel témoigne de la préoccupation croissante sur le sens de la peine d’enfermement, le sort qui est fait aux détenus en Belgique, l’état de la Justice et le rôle de la prison dans nos sociétés. Le désastre carcéral qui sévit en Belgique depuis des décennies ne peut plus être accepté. Construire de nouvelles prisons n’est pas la solution :
  • Cela ne résout pas le problème de la surpopulation carcérale car plus on construit de prisons, plus on les remplit.
  • Cela ne réduit pas la criminalité et n’améliore pas la sécurité. En Belgique le taux de récidive flirte avec les 50%. La prison organise l’exclusion et la désocialisation des milliers de personnes qui y passent.
  • Cela coûte extrêmement cher : en moyenne de 50.000 à 70.000 euros par an pour maintenir une personne en cellule. Soit près de deux fois le coût d’un emploi faiblement qualifié. Il s’agit de choisir entre État pénal et État social.
Certains pays européens, comme les Pays-Bas, ont compris que le tournant punitif et répressif des années 70-80 s’est avéré négatif et ils ferment des prisons. En Belgique, les gouvernements fédéral et régionaux n’ont pas pris la mesure de la situation. Ils poursuivent la même fuite en avant, plongeant la politique carcérale belge dans une impasse et aggravant à la fois l’affaiblissement de la Justice par son tarissement budgétaire et l’exclusion sociale de milliers de familles.
Les 200 citoyens, parmi lesquels de nombreux professeurs d’université, des travailleurs sociaux en milieu carcéral et associatifs, et les 14 organisations signataires demandent que soit décidé sans plus attendre un moratoire sur la construction de nouvelles prisons en Belgique. Ils appellent également à l’organisation d’États généraux citoyens de la prison, pour sortir du désastre carcéral en cours.
L’appel belge se joint ainsi à un mouvement européen naissant :
Contacts: Luk Vervaet: 0478 653 378 / Jean-Baptiste Godinot: 0488 200 175
[1] publié aujourd’hui sur le site de l’Observatoire de Haren http://www.harenobservatory.net
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Observatorium van Haren – Perscommuniqué 21 maart 2017
De oproep van de 200
Voor een moratorium op de bouw van nieuwe gevangenissen in België

Nu de Brusselse regering het licht op groen zet voor de bouw van de megagevangenis in Haren, roepen tweehonderd burgers en veertien organisaties op tot een “Moratorium op de bouw van nieuwe gevangenissen in België[1].
De mobilisatie tegen dit controversieel project, dat op een volkomen ondoorzichtelijke manier tot stand kwam, gaat onverminderd voort. De federale regering zet immers zijn « masterplan III », dat voorziet in de bouw van nieuwe gevangenissen, even onverminderd voort.
De oproep van de 200 getuigt van de groeiende bezorgdheid van de burgers over de zin van de gevangenisstraf, over het lot van de gedetineerden, over de situatie van de Justitie in dit land, en over de rol van de gevangenissen in onze samenleving. De catastrofale toestand op het vlak van het gevangeniswezen die al decennia duurt kan niet langer aanvaard worden.
Nieuwe gevangenissen bouwen is niet de oplossing.
Sommige Europese landen, zoals Nederland, hebben dat begrepen. Ze oordeelden dat de balans van de « punitive turn » uit de jaren 1970-1980 negatief is en ze sluiten gevangenissen in plaats van er te bouwen. In België zetten de federale en regionale regeringen de vlucht vooruit verder. Ze leiden op die manier het gevangenisbeleid in de impasse door zowel het budget voor Justitie dramatisch aan te tasten als door duizenden families sociaal uit te sluiten.
De 200 burgers, waaronder talrijke universiteitsprofessoren, sociale werkers in de gevangenissen en uit het maatschappelijk middenveld, en de 14 organisaties vragen om de onmiddellijke instelling van een moratorium op de bouw van nieuwe gevangenissen in België. Tegelijk roepen ze op tot de organisatie van een Staten-Generaal van de burgers om oplossingen te vinden om uit de huidige gevangenisimpasse te geraken.
De oproep van de 200 vervoegt een groeiende Europese beweging tegen de bouw van nieuwe gevangenissen :
Contacts: Luk Vervaet: 0478 653 378 / Jean-Baptiste Godinot: 0488 200 175
[1] Vandaag gepubliceerd op de website Observatorium van de megagevangenis van Haren http://www.harenobservatory.net
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L’appel des 200 pour un moratoire sur la construction de prisons / De oproep van de 200 voor een moratorium op de bouw van gevangenissen
Liste des signataires / Lijst van ondertekenaars

  1. Jean-Baptiste Godinot, asbl Respire ;
  2. Luk Vervaet, enseignant dans les prisons ;
  3. Jean-Marc Mahy, Educ’Acteur ;
  4. Laurent Moulin, président du Comité de Haren ;
  5. Philippe Massay, criminologue, conseiller auprès du gouvernement de la FWB ;
  6. Nadine Rosa-Rosso, enseignante ;
  7. Malika Hamidi, sociologue ;
  8. Daniel Wagner, enseignant dans les prisons ;
  9. Karin La Meir, conseillère conjugale ;
  10. Elisabeth Grimmer, employée, Comité de Haren ;
  11. Eric Hulsens, ere-lector provinciaal hoger onderwijs; publicist Antidote ;
  12. Nordine Saïdi, militant décolonial / Bruxelles Panthères ;
  13. Jean-Marie Dermagne, avocat et ancien bâtonnier ;
  14. Nadia Boumazzoughe, Muslim's Rights Belgium ;
  15. Paul Delmotte, prof. retraité ;
  16. Aya Tanaka, réalisatrice de documentaire ;
  17. Ingrid Goossens, enseignante ;
  18. Rachida Aziz, Le Space ;
  19. Lieven De Cauter ; cultuurfilosoof, RITCS, KULeuven ;
  20. Eveline Bijl, enseignante ;
  21. Michel Soucy, scénographe illustrateur ;
  22. Thea Staes, onderzoeker aan de faculteit rechten ULB ;
  23. Flor Dewit, Marxistisch antiquariaat Aurora ;
  24. Juliette Béghin, collaboratrice scientifique Centre de recherches criminologiques (ULB) ;
  25. Manu Scordia, dessinateur ;
  26. Christou Verniers, ex-directrice de la FUNOC ;
  27. De Ly Myriam, activiste pour la Palestine ;
  28. Françoise Thirionet, animatrice ;
  29. Barbara Van Dyck, onderzoekster ULB ;
  30. Mohsin Mouedden, président de l'ASBL les Ambassadeurs de la Paix ;
  31. Rachida El Garani, filmregisseur ;
  32. Jeannine Tips, animatrice Solidarités Nouvelles ;
  33. Mark Vanderveken, médecin ;
  34. Valentine Julien, bedrijfsleidster, democratie nu ;
  35. Tom Grimonprez, militant anti-carcéral ;
  36. Elena Cal Atan, fonction publique ;
  37. Mustapha El Faieq, project medewerker ;
  38. Alain de Halleux, réalisateur ;
  39. Axel Claes, kunstenaar ;
  40. Véronique Vanderbeken, Intérimaire ;
  41. Bernard Bolze, cofondateur Prison Insider ;
  42. Marie-Jo Fressard, présidente Solidarité Maroc 05 ;
  43. Nicolas Cohen, avocat ;
  44. Damien Scalia, professeur, ULB ;
  45. Corinne Gobin, politologue à l'ULB ;
  46. Renaud De Heyn, enseignant et auteur de bande dessinée ;
  47. Pierre Lambillon, conseiller à la cour du travail de Liège ;
  48. Laloy Leonor, présidente du Cercle d'Interrogation sur le Milieu Carcéral de Saint Louis Bruxelles ;
  49. John Nève, économiste, doctorant à Paris 1 Panthéon Sorbonne & Université Saint-Louis Bruxelles ;
  50. Dominique De Laet, éducatrice ;
  51. Souad Fila, écrivaine ;
  52. Peter Terryn, Solidarity for All ;
  53. Isabel Sofia del Valle Lopez, fonctionnaire à la retraite ;
  54. Patrick Lenskens, IT adviseur ;
  55. Valentine Orban, étudiante en 3ème bac droit ;
  56. Philippe De Clerck, architecte ;
  57. Sophie Delforge, sans profession ;
  58. Marc Vanderhoeven, ICT ;
  59. Charline Rother, assistante sociale en milieu carcéral ( service externe d'aide aux justiciables à Bruxelles) ;
  60. David Jamar, chargé de cours UMONS ;
  61. Marc Nève, avocat, ancien vice-président du CPT (Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants – Conseil de l’Europe) ;
  62. Paul Lannoye, président du GRAPPE, député européen honoraire ;
  63. Manuela Cadelli, présidente de l’Association syndicale des Magistrats (ASM) ;
  64. Mélodie Wegnez, film editor, colorist ;
  65. Benjamin Deman, juriste FGTB ;
  66. Christian Kunsch, président du Mouvement ouvrier chrétien MOC ;
  67. Mohamed Aadel, Association marocaine pour les Droits humains (AMDH Belgique) ;
  68. Jérémie Piolat, auteur, doctorant en anthropologie, UCL ;
  69. Stéphanie Guilmain, activiste contre la méga-prison de Haren ;
  70. Dominique Willaert, artistiek leider Victoria Deluxe (Gent) ;
  71. Fabienne Delchevalerie, SolidHaren asbl ;
  72. Marie-Françoise Cordemans, enseignante ;
  73. Youssef Chihab, directeur du département Europe, AFD International ;
  74. Nathalie Caprioli, journaliste ;
  75. Ronnie Ramirez, cinéaste, enseignant ;
  76. Anne Fivé, citoyenne ;
  77. Diane Bernard, professeur UCL, KUL, St-Louis et ULg ;
  78. Nicolas De Groodt, chargé de projet ;
  79. Jean-Louis Renaud, photographe citoyen ;
  80. Céline Cuvelier, artiste, animatrice à la prison de Berkendael ;
  81. Galia De Backer, historienne ;
  82. Bibianne Bolle, citoyenne ;
  83. Philippe Delchevalerie, Solidharen ;
  84. Veronique de Leener, directeur MAKS vzw;
  85. Claude Debrulle, Directeur-Général honoraire, Direction-Générale de la Législation au ministère de la Justice ;
  86. Herman De Ley, professor-emeritus UGent ;
  87. Claudine Penen-Vandernoot, retraitée, défenseuse des droits humains ;
  88. Marc Taeldeman, gepensioneerd, directeur basisonderwijs ;
  89. Farida Aarrass, Comité Free Ali ;
  90. Khadija Senhadji, socio-anthropologue ;
  91. Didier Van der Meeren, enseignant ;
  92. Ico Maly, docent Tilburg University ;
  93. Barbara Herman, sociologue ;
  94. Philippe Hunt, professeur - Académie royale des Beaux-Arts, ISTI-ULB;
  95. Martine Five, assistante sociale retraitée;
  96. Marie Malengreau, employée chez Atrium Brussels;
  97. Fabienne Brion, professeur à l’Ecole de criminologie de l’Université catholique de Louvain ;
  98. Jérôme Pelenc, chercheur FNRS-ULB ;
  99. Julie Jaroszewski, artiste ;
  100. Sylvie Olivier, architecte ;
  101. Agathe De Brouwer, avocate au Barreau de Bruxelles Cabinet ARTéGAL ;
  102. Laure de St Gilles, Occupy Brussels Belgium ;
  103. Ludo De Brabander, Vrede vzw ;
  104. Maïa Chauvier, slameuse/actrice ;
  105. Aurore Van Opstal, réalisatrice ;
  106. Latifa Sellami, employée administrative ;
  107. Denise Gere, ancien membre de la commission de surveillance près la Prison de Saint Gilles ;
  108. Daniele Bosson , médecin biologiste ;
  109. Nathan Hubot, demandeur d'emploi ;
  110. Indra Costermans, onderwijsopbouwwerker ;
  111. Judith Postelmans, gepensioneerd, onderwijs ;
  112. Inge Kerkhofs, psychotherapeute in de contextuele psychotherapie, geëngageerde bij Hart boven Hard ;
  113. Patrick Dewals, psychiatrisch verpleegkundige/politicoloog ;
  114. Eef De Bruyne, projectcoördinator ;
  115. Cécile Dethier, animatrice et coordinatrice de projets ;
  116. Chantal Degee, retraitée, visiteuse de prison ;
  117. Nouria Ouali, enseignante ;
  118. Françoise Janssens, enseignante en promotion sociale ;
  119. Betty Nicaise, cadre social ;
  120. Pascale Koning, chargée en communication, citoyenne humaniste ;
  121. Perceval Carteron, éducateur, pôle pédagogique de la FCJMP (Fédération des Centres de Jeunes en Milieu Populaire) ;
  122. Peter Geirnaert, geschorste leefloner ;
  123. Maxime Kouvaras, journaliste réalisateur ;
  124. Laurette Vankeerberghen, comédienne ;
  125. Chahr Hadji, éducateur spécialisé ;
  126. Texas Vandervliet, étudiant, membre de la batucada du réseau ADES ;
  127. Christine Piérard, Comité free Ali, éditeur à la retraite ;
  128. Mélusine Llau, auxiliaire de vie scolaire et travail auprès d’enfants en difficulté ;
  129. Lola Vandervliet, animatrice ;
  130. Suzanne Veldeman, secrétaire retraitée - Centrale Nationale des Employés (CSC) ;
  131. Frank Vercruyssen, acteur ;
  132. Jérémie De Clerck, ingénieur ;
  133. Ginette Bauwens, filosoof ;
  134. Ludo De Witte, auteur ;
  135. Jean Flinker , responsable d'Attac Bruxelles (1) ;
  136. Marleen Content, meertalige secretaresse ;
  137. Françoise Fierens, secrétaire, Wavre ;
  138. Mickaël Serré, auteur, graphiste-illustrateur ;
  139. Benoît Pelé, ingénieur du son ;
  140. Annie Salmon, bibliothécaire ;
  141. Jacques Malisoux, directeur d'école retraité, animateur des tables de discussion philosophique à la prison de Marche-en-Famenne ;
  142. Emmanuelle Plumat, enseignante ;
  143. Anne-Francoise Carrette, employée ;
  144. Melina Letesson, criminologue ;
  145. Valentin Henkinbrant, juriste ;
  146. Florence Kroff, juriste citoyenne ;
  147. Pascale Hensgens, employée et travailleuse dans le secteur assuétudes ;
  148. Elie Arnould, étudiant en histoire ;
  149. Véronique van der Plancke, avocate, collaboratrice scientifique JURI, UCL
  150. Cécile Harnie, activiste ;
  151. Timothy Theunis, entrepreneur, coach, conseiller bénévole à la prison d'Andenne ;
  152. Danièle Madrid, documentaliste ;
  153. Marie Gribomont, professeure ;
  154. Jéromine Gehrenbeck, demandeuse d'emploi ;
  155. Michel Allafort, psychosociologue retraité, visiteur de prison à Lyon ;
  156. Enzo Cormann, écrivain ;
  157. Ana Navarro, éducatrice ;
  158. Chloé Mercenier, architecte urbaniste, chercheure pour la Conférence Permanente du Développement Territorial (CPDT) Lepur - ULg ;
  159. Isabelle Finn, décoratrice de télévision ;
  160. Eugénie Obled, criminologue ;
  161. Eric Goeman, woordvoerder Attac Vlaanderen ;
  162. William Donni, militant associatif et politique, futur éducateur ;
  163. Claire Scohier, criminologue ;
  164. Patrick Louis, assistant social ;
  165. Quentin Parete, architecte/ Mouvement Pour Bruxelles ;
  166. Camille Latin, juriste, asbl Respire ;
  167. Isabelle Wattier, UCL, chercheuse, Centre de recherches interdisciplinaires sur la déviance et la pénalité (CRID&P) ;
  168. Gwenaël Breës, cinéaste et journaliste ;
  169. Françoise Digneffe, professeure émérite UCL ;
  170. Isabelle Marchal, citoyenne ;
  171. Joris Note, schrijver ;
  172. Marianne VL Koplewicz, Editions du Souffle ;
  173. Celline Serrad, Editions du Souffle ;
  174. Paul-Emile Dupret, juriste ;
  175. Dan Kaminski, professeur à l'UCL ;
  176. Julie Praet, chargée de projets Culture/Enseignement (CC La Vénerie), céramiste ;
  177. Hamel Puissant, animateur-formateur ;
  178. Anna Mortiaux, enseignante et artiste plasticienne ;
  179. Guido Vanderhulst, president at BruxellesFabriques-BrusselFabriek ;
  180. Mahdiya El-Ouiali, assistante sociale chez Médecins du Monde ;
  181. Anne Gihousse, enseignante ;
  182. Rifka El Khmlichi, Institutrice, département inscriptions d'une école de promotion sociale de la FWB ;
  183. Jérôme Offermans, animateur socio-culturel ;
  184. Pierre Marissal, géographe ;
  185. Samanta Borzi, éducatrice, auteure ;
  186. Laurent Fontaine, architecte-paysagiste et urbaniste ;
  187. Camille Craninx, étudiante institutrice maternelle
  188. Axel Pleeck, détaché pédagogique à PhiloCité asbl ;
  189. Zehra Karaca, employée, aide diététicienne ;
  190. Aurélie Delain, responsable administrative et financière d'un programme de soutien à l'entreprenariat féminin au Maroc (coopération belge) ;
  191. Christine Guillain, professeur de droit aux Facultés universitaires Saint-Louis :
  192. Jérome Praet, indépendant ;
  193. Albert Martens, prof. emeritus KUL ;
  194. Alexis Deswaef, avocat et président de la Ligue des droits de l'Homme ;
  195. Sébastien Kennes, animateur/formateur & militant associatif
  196. Isabelle Hochart, citoyenne ;
  197. Dominique Gihousse, diététicienne ;
  198. Sarah Ganty, chercheuse en droit à l'ULB
  199. François Licoppe, indépendant ;
  200. Philippe Mary, professeur de criminologie ULB ;
Organisations signataires, ondertekenende organisaties
Observatoire International des Prisons, section belge ;
Association syndicale des Magistrats (ASM) ;
Mouvement ouvrier chrétien MOC ;
Bruxelles Laïque ;
Campagne Stop Répression ;
JOC, Jeunes Organisés et Combatifs ;
PFF, Prisoners’ Family & Friends
IEB Inter-Environnement Bruxelles ;
Observatoire Belge des Inégalités, Belgisch observatorium maatschappelijke ongelijkheid ;
SolidHaren asbl ;
asbl Respire ;
FIAN Belgium, FoodFirst Information and Action Network ;
Centre d’Action Laïque asbl ;
La Ligue des Droits de l’Homme ;  

jeudi 9 mars 2017

« La prison, un système obsolète », par Perceval Carteron, éducateur, signataire de « l’Appel des 200 pour un Moratoire sur la construction de nouvelles prisons ».


À l’heure actuelle la prison n’a plus aucun effet dissuasif (pour peu qu’elle en ait eu un jour). Elle est le symptôme d’une société inégalitaire et violente. Elle enferme les gens dans un tiroir dont il est quasiment impossible de sortir. Il est grand temps de repenser notre système judiciaire en commençant par trouver une alternative à l’enfermement.

Dans l'ensemble de mon parcours professionnel (écoles en Discrimination positive, travailleur de rue, travailleur dans un projet de volontariat pour les 16-26ans, et maintenant dans une fédération de Maison de jeunes), j'ai connu plusieurs jeunes adultes et quelques personnes plus âgées, ayant été incarcérés.  J'ai quasi systématiquement constaté plusieurs états de fait : un parcours de désespoir qui s'accentue un peu plus à chaque étape et laisse la personne dans un état psychologique assimilable à de la dépression, des inégalités de base qui se creusent à chaque étapes, des victimes innocentes qui payent le prix de l'incarcération. A cela se rajoute le fait que les multiples peines supplémentaires liées à l'incarcération et après ainsi qu'un vide symbolique quant à la pertinence de la sanction par rapport à la faute commise. De plus, lorsqu’il y a victime, elle n’obtient que rarement une réelle réparation. Le système tente de monétiser la souffrance et compense le reste par un esprit de vengeance en faisant payer le coupable par une incarcération plus ou moins longue. La victime devra se contenter de l’aide aux justiciables et d’avoir été soi-disant vengée par un système qui n’a pas pu la protéger.

Désespoir et logique destructrice
Les gens ne commettent pas des délits ou des crimes par plaisir ou par méchanceté (à quelques exceptions près qui tiennent du désordre mental ou de problème sociétal). Ils les commettent car ils sont dans un état psychologique qui leur laisse croire que c'est un bon choix, voire le seul choix. Cet état est causé par la réalité du quotidien pour les personnes précarisées (consumérisme inaccessible, employabilité faible, hausse du coût de la vie, et aides sociales d'une part insuffisante et d'autre part de plus en plus difficile à conserver). A partir du moment où le délit est commis les personnes commencent à avoir une image dégradée d'elles-mêmes et commencent
généralement un processus destructeur.

Lorsque ces personnes se retrouvent face à la justice, la plupart du temps, elles n'ont plus une image d'elles-mêmes valorisante. Elles n'envisagent même plus de se trouver des circonstances atténuantes, lorsqu'on les interroge sur ce qu'elles pourraient faire d'autres, elles ne savent pas quoi répondre.  Par expérience je sais qu'un accompagnement de qualité, avec de simples perspectives d'avenir et une argumentation claire permettent d'éviter les incarcérations pour des petits délits.

 

L’argumentaire de défense change tout
En fait, à ce stade ce n'est pas une question de sanction par rapport à la faute, c'est une question de sanction par rapport à l'argumentaire. De ce fait les personnes ayant une faible estime d'elles-mêmes, paniquées, ou isolées diminuent leurs chances de pouvoir argumenter en leur faveur. J'ai souvent observé des personnes "creusant leur propre tombe" dans des affaires judiciaires somme toute simples et avec de vraies alternatives possibles. (Ce qui tend donc à prouver que la prison est la sanction donnée par défaut quand on ne sait pas quoi faire de personnes qui ne représentent aucun danger pour la société).

De plus on met en place un système qui déresponsabilise totalement les personnes et les prive de leur autonomie. Et par ce biais, on espère les rendre plus responsables et plus autonomes à leur sortie. C’est un non-sens ! Cela équivaudrait à dire à un élève qui a des lacunes en math : "au lieu
d'aller au cours de math, tu iras en retenue et quand tu reviendras tu devras passer les examens que tu n'avais pas réussi avant, plus ceux que tu auras raté à cause de ton absence". Je le répète, c'est un non-sens absolu.

L’inégalité appelle l’inégalité
Dans la même idée que la sanction se défini par rapport à l'argumentaire et non par rapport à la faute, il est clair que les moyens à disposition de la personne jugée vont fortement influencer le verdict (il n’est plus à prouver que riches et pauvres n’ont pas les mêmes chances face aux tribunaux). Évidemment dès qu'il y a condamnation et incarcération, les inégalités se creusent à chaque étape. Des personnes ayant déjà du mal à comprendre et/ou suivre les contraintes du système et les obligations légales se retrouvent avec encore plus de contraintes et donc un risque augmenté d'enfreindre la loi à nouveau. Ayant déjà des antécédents, ils seront plus exposés à la sanction et ils seront jugés plus durement (c'est le principe des peines multiples alors que la dette envers la société est supposée être payée).

Les préjugés en plus des inégalités
Mais au-delà de des inégalités, s'ajoute l’injustice des préjugés : il y a des personnes qui n'ont pas le bon profil socio-économique. J’ai déjà entendu plusieurs fois des magistrats dire "des personnes comme elles n’ont pas leur place en prison" (il s'agissait généralement de personnes éduquées, issues d'un milieu socio-économique moyen. De plus ces personnes n'avaient pas une image qui colle avec l'image véhiculée des "voyous"). Si on peut être d'accord avec la déclaration, elle implique néanmoins quelque chose de dérangeant : il y a des profils qui auraient donc leur place en prison (au-delà de la faute commise). Il s'agit de quelque chose d'inconscient qui se construit avec le temps. Et où l'on considère que certains profils n'ont pas leur place en prison (Les chiffres quant aux réalités socio-économiques des prisonniers parlent d’eux-mêmes. De même pour les jugements rendus.).

Un débat faussé
Les médias et les fictions nous fabriquent une image du criminel méchant, qui a pris la décision en son âme et conscience de nuire aux autres. Les débats sont systématiquement faussés par des personnes qui prennent des exemples extrêmes touchant à l’affectif (viols, violences sur des personnes faibles, tortures, etc.). D’une part les prisons ne sont pas majoritairement remplies de ce type de criminel, en fait les prisons sont surtout remplies de délinquants (la différence étant de taille), d’autres part, ce type de crimes demandent avant tout de prendre en charge la victime et de donner une réponse qui ne peut se définir à l’avance. La réponse donnée doit être sociétale et réellement garantir que ce crime ne puisse plus être commis ni même envisagé par une personne saine d’esprit.


 Les victimes indirectes
Lors d'une incarcération, outre les éventuelles victimes directes du délit/crime, il y a souvent des familles qui subissent les effets de l'incarcération. Ces personnes payent socialement, psychologiquement et parfois même légalement les frais des actes d'une autre personne. Cet état de fait est même reconnu par l'état via l'aide aux justiciables. Il y a là un paradoxe évident entre l'idée de justice et son application. Et même lorsqu'on considère que l'incarcération est légitime et méritée pour l'auteur, il est inacceptable de considérer que les proches doivent aussi en payer les conséquences (à plus forte raison lorsque les proches sont mineurs).

Un projet de société à refaire entièrement
Je pense que face au constat déplorable de l'incarcération comme outil de régulation sociale et comme sanction adaptée et constructive, il faut envisager une nouvelle façon de voir la sanction. Mes expériences m'amènent à penser qu'il faut mettre en place un accompagnement général prenant en compte les différents facteurs. A savoir : l'accompagnement socio-économique, l'accompagnement psychologique et l'accompagnement de développement personnel (études, formations, bien-être). De plus il y a une symbolique forte dans la prison qui dit à tous les citoyens : "on répond à l'infraction (même non violente) par la violence". De plus, lorsqu'il y a des victimes, l’incarcération ne ramène pas le sentiment de sécurité ni ne répare les dommages causés. Parfois même victimes et auteurs continuent de se côtoyer dans une ambiance malsaine et un esprit revanchard.

Il y a bien des initiatives de médiation auteur/victime, de "sanction réparatrice" mais elles ne peuvent être efficaces quand elles sont ordonnées par un état qui se montrera violent en cas de refus. Pour refaire une homologie c'est dire à quelqu'un "dis pardon ou je te frappe", le pardon sera dit mais n'aura que peu de valeur et d'impact. De plus, nous n’abordons pas ici le fait que l’état en question accorde sa grâce selon l’influence des personnes, ce qui renforce l’illégitimité des sanctions prises.

Il y a lieu de repenser complètement le système judiciaire, de distinguer les faits et les auteurs : il faut distinguer les personnes représentant un danger, les personnes ayant commis un fait qui impacte directement sur une autre personne et les auteurs de faits qui ne nuisent qu'à eux-mêmes et/ou à la société. Il faut que les citoyens répondent de leurs actes dans les mêmes conditions. Appliquer le même type de sanction, avec pour seule variation la durée, c'est à nouveau répondre à la faute par l'injustice. Il est étrange qu'une société puisse s'interroger sur la valeur éducative de la fessée mais par sur la valeur éducative, sociétale et symbolique de la prison.
La prison n'est pas un outil de protection des citoyens respectueux de la loi mais un outil de sanction de ceux qui l'enfreigne. Elle passe donc à côté de sa fonction prétendue : protéger les personnes (y compris d'elles-mêmes).


 Concernant la maxi-prison
Mon inquiétude est toute simple, agrandir l'échelle de la prison implique inévitablement d'augmenter les procédures aveugles et déshumanisante. De ce fait nous nous éloignons un peu plus d'un projet de société qui vise l'égalité entre les personnes, la diminution des crimes et délits ainsi que de la récidive. De plus les projets de privatisation liés aux services de la prison mêlent une notion de rentabilité qui ne peut être compatible avec un projet de réparation. Car, aux effets pervers que j'évoque ci-dessus s'ajoute l'exploitation des personnes. Je pense que la maxi prison n'est rien d'autres que la mise à l'échelle inhumaine d'une institution qui n'a déjà rien d'humain et de juste...

En conclusion
Il se pourrait que la prison soit le rouage ou le symptôme d’un système dégénérescent. De fait des criminels de guerre ne sont jamais jugés car protégés par un état, les politiciens véreux se cachent derrière l’immunité diplomatique, les escrocs de la finance derrière le secret bancaire. Parallèlement, on explique aux victimes d’agressions sexuelles qu’elles ont une part de responsabilité, aux victimes de violences policières avérées qu’elles se sont rebellées et on condamne les lanceurs d’alerte.
Plus que la prison c’est l’ensemble du système judiciaire qui doit être remis en question. Voilà pourquoi il est grand temps d’arrêter de construire de nouvelles prisons et de s’atteler à la reconstruction d’un système sociétal laissant place au développement des individus et à la garantie de leur sécurité.


Projekt Mega gevangenis Brussel-Haren uitgelegd in 5 minuten 2017.

lundi 6 mars 2017

Caroline Fourest contre Nordine Saïdi : Appel à la solidarité contre la répression !

Il y a 4 ans Caroline Fourest portait plainte contre Nordine Saïdi qui était à l’époque porte parole du parti « égalité ». 
En cause, une vidéo qui met en évidence les analogies entre le discours de Fourest et celui du terroriste islamophobe norvégien Anders Behring Breivik. Vidéo dont le militant n’est pas l’auteur et partagée par de très nombreuses personnes .

Le simple partage d’un post Facebook donc, mais Nordine de par ses prises de position et actions politique est visiblement dans la ligne de mire de l’essayiste. 4 ans d’invisibilité médiatique, de frais de justices et de comparutions plus tard la Justice statue par un non-lieu.

La partie qui porte plainte n’entend pas en rester là, et fait malheureusement appel par la voix de l’avocat essayiste mari de ministre députée dans l’opposition, Marc Uyttendaele.

Il est important de poursuivre l’action dans le temps et avec la Justice c’est parfois très long et très cher. La répression sera toujours plus forte si la solidarité reste divisée.
La solidarité est un moteur essentiel de la lutte et chaque contribution, aussi petite soit-elle, aidera à la faire exister.

Pour participer concrètement :

Bruxelles Panthères lance un appel à la solidarité pour la défense de Nordine Saïdi, pour couvrir les frais de ce procès politique, vous pouvez faire parvenir vos dons sur le compte :
Bic BPOTBEB1 (BE50) – 0003 – 8318 – 0918.


En vous remerciant d’avance pour le partage de ce communiqué,
Salutations solidaires et militantes.

vendredi 24 février 2017

Soutenez les 4 condamné.e.s du procès de la Maquette de la Maxi-Prison. Le 1er mars : procès en appel et soirée de solidarité.

1er mars dès 19h
Soirée de solidarité avec les condamné.e.s pour la maquette de la Maxi-Prison
A l'occasion de la reprise du procès en appel

Au local Sacco-Vanzetti
54 Chaussée de Forest à 1060 Bruxelles

AU PROGRAMME :
 Infos et discussion sur la situation de la lutte contre la maxi-prison à Haren.
 Point d'information sur le procès 
 Discussion sur les risques et précautions liées à l'utilisation de photos/vidéos dans les luttes
 Concert de Chômeuse Go On (chanson anti-minérale engagée) et Mary-Jacques Yattara (chanson franco-soussou)
 Infothèque, bar, buffet vegan

Entrée à prix libre en soutien aux condamné.e.s


Maxi-prison, petit procès et grand enjeux

Le 20 mai 2015, jour de l'audience publique de la commission de concertation concernant la construction de la maxi-prison à Haren, des opposant.e.s au projet manifestent dans le siège de la Régie des Bâtiments à Bruxelles. La maquette de la prison exposée dans le bâtiment est détruite durant l'action. Le parquet ouvre rapidement une enquête et 4 personnes se retrouvent accusées de "destruction de bien mobilier en bande"
Le 19 février 2016, les quatre inculpé.e.s sont condamné.e.s à 10 mois de prison avec sursis et une amende.

Ce procès est riche d'enseignement sur les formes actuelles de la répression

La logique du "délit associatif" de plus en plus répandue
Sans preuve directe et sans même essayer de savoir si les inculpé.e.s avaient personnellement participé à la destruction de la maquette, le tribunal a condamné chacune des 4 personnes identifiées comme si elle avait participé à sa dégradation. Une logique répressive de plus en plus suivie par les tribunaux comme en attestent les verdicts de procès récents  (No Border, ...)

L'utilisation des photos et vidéos publiées sur le web
Les images des caméras de surveillance installées à la Régie des bâtiment étant de très mauvaise qualité, l'identification des 4 manifestant.e.s n'a été rendue possible que par l'exploitation de photos et de vidéos publiées sur des sites militants comme KrasnyiDe Wereld Morgen ou le site de la ZAD du Keelbeek. Cet usage policier du matériel visuel publié en ligne devrait nous appeler à la plus grande prudence quant à l'utilisation de ces nouvelles technologies


Plus d'infos
# La campagne du Secours Rouge - A propos des photos dans les manifestations

A propos du procès
#  L'appel à solidarité des 4 inculpé.e.s 
#  10 mois de prison pour une maquette, quelques réflexions sur la violence de l’Etat 
#  Procès maquette maxi-prison : La justice prise en flagrant délire 
#  Dans le ventre de l’ogre